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Il y a une banalisation du discours, de tous les discours. La sociĂ©tĂ© rĂ©cupère les concepts d’autant plus facilement qu’elle les agrĂ©e. Dès lors, il n’y a pas plus inoffensif de nos jours que Marcel Duchamp. Il y a une certaine veulerie intellectuelle, qui consiste aujourd’hui Ă remettre les choses en cause en rĂ©pĂ©tant sous de subtiles variantes, ce qui a Ă©tĂ© une expĂ©rience authentique et sincère Ă une certaine Ă©poque. C’est le risque zĂ©ro de la peinture - Et c’est sans doute pourquoi cela plait tant aux officiels - Et si Picabia est mis a l’écart au moment oĂą il se met Ă peindre des nus, c’est que l’érotisme cru qu’il raconte et “le mauvais goĂ»t” qu’il affiche, des annĂ©es avant le Pop, est bien plus dĂ©rangeant qu’un discours. On ne rĂ©cupère pas vraiment l’art. Rimbaud - “changer la vie”- est toujours dangereux…Il est de toute première importance de comprendre que l’art est dangereux
J’aime l’idĂ©e d’un cadrage, d’un dĂ©coupage cinĂ©matographique de la rĂ©alitĂ©, parce que notre culture visuelle passe aujourd’hui par lĂ . Je me sers d’élĂ©ments très simples, de photos banales, que je retravaille Ă l’ordinateur. Je sĂ©lectionne un dĂ©tail, renforce des ombres, modifie les couleurs. D’une certaine manière je dĂ©forme la rĂ©alitĂ© jusqu’à lui donner une prĂ©sence picturale. Le travail informatique me sert d’esquisse. Je poursuis ensuite mon travail en peinture. La photo ne peut me satisfaire. L’intervention du peint, avec son cortège de difficultĂ©s et de hasards maĂ®trisĂ©s, vient alors supplĂ©er l’objet reproductible, et parce que l’œuvre devient unique, elle transmute l’image, elle en est le rĂ©vĂ©lateur au sens presque biblique. La peinture (l’acte de peindre) est la sacralisation qui donne « aux objets familiers l’air de ne pas ĂŞtre familiers » (Shelley – Defence of Poetry).


